Santé Commune: Mener un diagnostic participatif avec les habitants pour la Santé Commune
Table des matières
Comment mener un diagnostic participatif pour la Santé Commune
Le principe fondateur : l’habitant comme expert de son territoire
Le diagnostic est un processus de travail participatif qui met en évidence les points forts, les points faibles, les potentialités et les menaces du territoire. Il recherche des écarts entre les représentations des différents acteurs, met en évidence des atouts et des attentes, et recherche les causes des dysfonctionnements. Diagnostic-territoire
Dans le cadre de la Santé Commune, ce diagnostic doit couvrir simultanément les trois dimensions — milieux naturels, santé sociale, santé humaine — à travers le vécu concret des habitants.
Les quatre phases de la démarche
Phase 1 — Préparer le terrain (avant le diagnostic)
Il faut identifier les diverses catégories d’acteurs à impliquer : d’autres services, des habitants, des élus ou d’autres acteurs du quartier comme des commerçants. Il est important d’aller au-delà de son seul réseau, et de garder en tête le risque que la participation s’adresse souvent aux mêmes personnes, aboutissant à donner la parole à certaines catégories d’habitants. Ccc-ggc En pratique, cela implique d’aller chercher activement les personnes invisibilisées — précaires, personnes âgées isolées, habitants non-francophones — plutôt que d’attendre qu’elles viennent.
Phase 2 — Collecter : les méthodes sur le terrain
Le tableau ci-dessous présente les outils principaux, classés par type d’usage :
methodes_diagnostic_participatif
Phase 3 — Analyser et prioriser collectivement
L’indispensable complémentarité des données épidémiologiques descriptives avec les données qualitatives de perception est fondamentale. C’est bien seulement au croisement de ces deux types de données que l’on obtient des pistes pour agir. L’importance de la phase de priorisation collective des données recueillies dans l’élaboration d’une stratégie de territoire précède même le plan d’action. Promotion-sante-idf
En pratique, cette étape de priorisation se fait lors d’une restitution publique où les habitants eux-mêmes hiérarchisent les problèmes identifiés — pas les experts seuls.
Phase 4 — Restituer, co-décider, agir
Les différentes démarches participatives peuvent faire appel à la concertation, mais peuvent rester limitées à des formes de consultation, voire de partage d’information, sans aucune co-construction. Il est déterminant d’identifier au préalable les motivations des différentes parties prenantes : la participation est-elle une caution démocratique apportée à un projet déjà décidé, ou une véritable co-construction ? Agir-ese
Les trois écueils à éviter absolument
1. La participation alibi — consulter les habitants après que les décisions ont déjà été prises, pour valider plutôt que co-construire. Une représentation du projet où sa définition et son évaluation sont dissociées peut bloquer la démarche participative. Le diagnostic partagé, en revanche, se construit en lien direct avec son effectivité, c’est-à-dire avec les acteurs concernés. Cairn
2. Toujours les mêmes qui participent — dans des quartiers populaires, ce sont les habitants les mieux dotés en capitaux culturels et financiers qui vont souvent participer. Ccc-ggc Il faut donc des stratégies actives d’aller-vers : porte-à-porte, présence sur les marchés, partenariat avec les associations de terrain.
3. Trop de données, pas assez d’analyse — l’erreur principale est de recueillir trop d’informations sans intérêt direct. Cela complique inutilement l’analyse et la restitution. Il faut choisir mûrement une ou deux questions qui permettront de faire apparaître l’élément d’information crucial — et laisser la communauté choisir ses propres unités de mesure et sa propre forme d’expression. FAO
La spécificité pour la Santé Commune
Par rapport à un diagnostic de santé classique, le diagnostic participatif de Santé Commune demande deux adaptations majeures. D’abord, chaque outil doit couvrir les trois piliers simultanément : lors d’une balade urbaine, on interroge à la fois la qualité des sols et de l’eau (milieux), l’accès aux services et le lien social (social), et le ressenti de bien-être et les nuisances sur la santé (humain). Ensuite, les habitants sont invités à relier eux-mêmes ces dimensions — à tracer les liens de causalité entre la dégradation d’un ruisseau, la précarité d’une partie de la population et l’augmentation des troubles anxieux dans le quartier. C’est ce travail de connexion, guidé par des animateurs formés, qui fait la valeur ajoutée de la démarche.