De Ville Vieille à Perma Ville
Table des matières
Sur 15 hectares d’un mini bassin versant méditerranéen, Ville Vieille devient Perma Ville : un démonstrateur grandeur nature d’hydrologie régénérative, où chaque goutte de pluie est ralentie, répandue et infiltrée avant de quitter le site.
L’incendie est passé. Il a laissé des versants noircis, des sols nus et des ravines qui, à chaque orage d’automne, emportent un peu plus de terre vers l’aval. C’est précisément ce paysage blessé que le projet choisit comme point de départ. L’idée est simple à énoncer et exigeante à tenir : faire d’un territoire qui perd son eau un territoire qui la retient.
Perma Ville n’est pas une ferme de plus ni un jardin d’agrément. C’est un laboratoire à ciel ouvert, délimité par les lignes de crête d’un petit bassin versant. Il réunit sur un même périmètre les cinq milieux qui font le paysage méditerranéen : la forêt, la prairie, les talwegs et torrents, le jardin-forêt et le champ de céréales. Chacun y joue un rôle précis dans le cycle de l’eau, et chacun y est mesuré.
Le bassin versant comme unité de projet
Le choix du périmètre est déjà un parti pris : on ne travaille pas sur une parcelle, mais sur un bassin versant entier, de la crête à l’exutoire. Toute l’eau qui tombe sur les 15 hectares sort par un seul point, ce qui permet de comparer ce qui entre (la pluie) et ce qui sort (le débit du torrent). C’est la condition pour prouver, chiffres à l’appui, que les aménagements changent quelque chose.
L’hydrologie régénérative tient en quatre verbes : ralentir, répandre, infiltrer, stocker. Sous climat méditerranéen, la pluie arrive en peu d’épisodes violents, souvent à l’automne, puis l’été dure quatre à cinq mois sans presque rien. Un sol nu ou compacté laisse filer cette eau en surface ; un sol couvert et vivant la boit et la restitue lentement aux plantes et aux sources.
Le site s’organise donc comme une cascade, du haut vers le bas :
- Les crêtes boisées captent la pluie et ralentissent le ruissellement dès son origine.
- Les prairies sylvopastorales de mi-pente, couvertes en permanence, infiltrent sur de grandes surfaces.
- Les talwegs, équipés de petits seuils, transforment les lignes d’érosion en lignes de recharge.
- Le jardin-forêt, sur les replats humides, valorise l’eau accumulée.
- Les champs de céréales, en bas de pente et sur les terrasses, profitent d’un sol plus profond et d’une nappe mieux alimentée.
- Le torrent à l’exutoire sert de juge de paix : son débit d’étiage et sa turbidité disent si le système fonctionne.
| Milieu | Surface indicative | Fonction hydrologique principale | Aménagements clés |
|---|---|---|---|
| Forêt (zone brûlée et résiduelle) | 6 ha | Ralentir, protéger le sol | Fascines, troncs en courbe de niveau, régénération |
| Prairies sylvopastorales | 4 ha | Infiltrer sur de grandes surfaces | Arbres fourragers, pâturage tournant, keyline |
| Céréales | 2,5 ha | Valoriser un sol profond | Terrasses, haies, semis sous couvert |
| Jardin-forêt | 1,5 ha | Stocker et utiliser l’eau | Baissières, mares, paillage |
| Talwegs et torrent | 1 ha | Recharger, freiner les crues | Check dams, seuils en pierre sèche, ripisylve |
| Total | 15 ha |
La répartition des surfaces est une hypothèse de départ, à ajuster après le relevé topographique et le diagnostic des sols.
Forêts : lire le paysage après l’incendie
Avant de planter quoi que ce soit, Perma Ville commence par observer. Un incendie ne détruit pas une forêt de manière uniforme : il laisse une mosaïque de zones calcinées, roussies ou épargnées. Cartographier cette mosaïque est la première tâche du projet.
L’analyse post-incendie s’appuie sur trois niveaux de lecture. La sévérité du feu se lit sur le terrain et par imagerie satellite ou drone, en comparant l’état de la végétation avant et après. L’état des sols compte autant : un feu très chaud peut rendre la surface hydrophobe, si bien que l’eau glisse au lieu de pénétrer, ce qui multiplie le ruissellement lors des premiers orages. Enfin, la capacité de régénération naturelle s’évalue : les chênes verts et pubescents, l’arbousier ou la bruyère rejettent souvent de souche, tandis que le pin d’Alep se ressème à partir de ses cônes ouverts par la chaleur.
De ce diagnostic découle une règle de conduite : intervenir peu, mais au bon endroit. Les arbres morts ne sont pas tous évacués. Une partie est abattue et couchée en courbe de niveau pour former des barrières qui retiennent la terre et les cendres ; une autre est laissée debout pour la faune et l’ombre. Les zones à fort risque d’érosion reçoivent un paillage de broyat ou de paille et des fascines de branchages.
La replantation ne vient qu’en complément, là où la nature ne repart pas. Elle privilégie des essences feuillues moins inflammables et plus résilientes à la sécheresse, comme le chêne vert, le chêne pubescent, le cormier, l’érable de Montpellier ou le caroubier selon l’altitude. La forêt de demain sera plus diversifiée, plus clairsemée par endroits, et pensée pour mieux résister au prochain feu.
Talwegs et torrents : ralentir l’eau, marche après marche
Les talwegs sont les lignes où l’eau se concentre. Après un incendie, ce sont aussi les lignes où le paysage se défait : la ravine se creuse, le lit s’abaisse et la nappe qui l’accompagne descend avec lui. Perma Ville en fait au contraire des lignes de recharge.
L’outil central est le check dam, ou seuil de correction. Ce sont de petits ouvrages de quelques dizaines de centimètres de haut, construits en série dans le lit des ravines. Ils ne retiennent pas l’eau comme un barrage : ils la ralentissent, la laissent passer et piègent les sédiments en amont. Peu à peu, le fond du talweg remonte, le sol s’humidifie et la végétation s’installe.
Plusieurs techniques sont combinées selon la pente et les matériaux disponibles sur place :
- Seuils en pierre sèche, inspirés des savoir-faire des terrasses méditerranéennes.
- Seuils en bois mort issu de la forêt brûlée, qui recyclent les arbres calcinés.
- « One rock dams », une seule rangée de pierres posées à plat, pour les pentes faibles.
- Ouvrages en branchages et pieux vivants de saule ou de peuplier, qui finissent par prendre racine.
Le torrent principal, à l’aval, bénéficie d’un traitement plus prudent. On y restaure la ripisylve, cette bande d’arbres qui borde les cours d’eau, et on y installe quelques structures imitant les embâcles naturels. Tout ouvrage dans un cours d’eau relève d’une réglementation spécifique : les interventions sont donc conçues avec les services compétents et l’organisme gestionnaire du bassin.
L’objectif mesurable est double. Lors des orages, les pointes de crue doivent s’atténuer et l’eau sortir moins chargée de terre. En été, le torrent doit couler plus longtemps, signe que le bassin a stocké de l’eau dans ses sols.
Exemple Hydrologie Régénérative: MODREC2_RAPPORT_FINAL (1)
Prairies : le sylvopastoralisme comme éponge
Sur les mi-pentes, les prairies associent arbres, herbe et animaux. Ce mélange, le sylvopastoralisme, est une tradition ancienne du pourtour méditerranéen, des dehesas espagnoles aux parcours cévenols. Perma Ville le remet au centre pour deux raisons : il protège le sol et il réduit le risque d’incendie.
Les arbres, plantés en lignes espacées ou en bosquets, apportent de l’ombre qui limite l’évaporation et un fourrage de secours en été, quand l’herbe a séché. Mûrier blanc, frêne, févier, caroubier ou chêne sont des candidats classiques. Les animaux, brebis ou chèvres selon les besoins, entretiennent les sous-bois et les bandes coupe-feu en consommant la biomasse qui alimenterait les flammes.
La clé réside dans la conduite du troupeau. Le pâturage tournant déplace les animaux souvent, sur de petites parcelles, puis laisse à la prairie un long temps de repos. L’herbe repousse avec des racines plus profondes, le sol s’enrichit en matière organique et sa capacité à retenir l’eau augmente. Le surpâturage, à l’inverse, est l’un des premiers facteurs d’érosion en milieu méditerranéen.
Certaines parcelles sont travaillées selon la méthode keyline, un décompactage léger en suivant une pente très douce à partir des courbes de niveau. Ce traçage conduit l’eau des talwegs humides vers les crêtes plus sèches, et répartit l’humidité sur l’ensemble du versant.
Sylvopastoralisme : études et références utilisables à Perma Ville
Les références les plus directement utiles sont celles du CERPAM et de l’INRAE sur le pâturage des coupures de combustible en Provence, le projet PARASOL sur les arbres en prairie, et les études espagnoles sur le pâturage après incendie. Ensemble, elles couvrent les trois rôles que Perma Ville attend du troupeau : réduire le risque de feu, nourrir les animaux en été et ne pas compromettre la reprise de la forêt brûlée.
| Référence | Type | Lieu | Ce qu’elle apporte à Perma Ville |
|---|---|---|---|
| CERPAM, coupures de combustible pâturées | Retour d’expérience, organisme pastoral | Provence | Pour 1 ha de coupure à pâturer, prévoir 3 à 5 ha de zone de renfort, afin que les brebis gardent leur état |
| CERPAM, formation pastoralisme et DFCI | Programme de formation, mesures agro-environnementales | Bouches-du-Rhône, Var, Vaucluse, Alpes-de-Haute-Provence | Méthode de suivi : calendrier de pâturage, taux de prélèvement, signes de dégradation |
| INRAE, gestion du combustible pour la prévention des incendies | Synthèse technique | Région PACA | Place du pastoralisme parmi les méthodes de traitement du combustible, avec contributions du CERPAM |
| Etienne M., Derzko M. & Rigolot E., 1996, Browse impact in silvopastoral systems participating in fire prevention in the French Mediterranean region | Article de recherche, INRA | Midi méditerranéen | Impact de l’abroutissement sur les arbres dans les coupures pâturées ; échelle de notation de l’intensité du pâturage |
| PARASOL, rapport final ; Béral et al., 2021 | Projet de recherche 2015-2018, Agroof, INRAE, Idele, UniLaSalle | France | Comparaison de prairies à 0, 60 et 150 arbres/ha pâturées par des ovins ; les arbres atténuent les extrêmes de température et les brebis se placent sous leur couvert |
| Galland, FiBL, projet Agro4esterie | Article technique | Suisse | Rendement et valeur nutritive de sept espèces d’arbres fourragers, utiles en sécheresse estivale |
| Projet Apache, mûriers pâturés par des chèvres | Essai en élevage | France | Mûrier blanc pâturé en été : production laitière maintenue et lait plus riche ; accès des animaux pas avant 3 ans après plantation |
| Thèse, Universitat Autònoma de Barcelona, 2002, chap. 3 | Thèse de doctorat | Catalogne, après l’incendie de 1994 | Le pâturage des cépées de chêne vert et de chêne pubescent après incendie ne les tue pas mais réduit nettement leur croissance ; la fin d’hiver est la saison la plus dommageable |
| Capó Rodríguez, Baraza & Bartolomé | Article, Pastos y Forrajes en el siglo XXI | Majorque, après l’incendie de 2013 | Les dégâts des chèvres sont les plus forts aux tout premiers stades de repousse, puis diminuent |
| Aguirrebengoa & Pérez-Luque | Expérimentation de terrain, Université de Grenade | Espagne | Brûlage dirigé suivi d’un pâturage léger d’ovins et de caprins : moins de combustible et plus de diversité végétale |
L’article d’Etienne et al. (1996) est cité dans la thèse de Barcelone ; je n’ai pas pu en consulter le texte en ligne.
Pour Perma Ville, ces travaux se traduisent en quatre règles de conduite :
- Exclure le troupeau des zones brûlées pendant les premières années de repousse, puis le réintroduire progressivement, en évitant la fin d’hiver.
- Dimensionner le troupeau sur l’ensemble du site, et non sur les seules zones à débroussailler, en gardant le ratio de 3 à 5 ha de renfort par hectare de coupure.
- Planter les arbres fourragers (mûrier blanc, frêne) dès la première année, en les protégeant au moins trois ans avant le premier pâturage.
- Suivre le prélèvement avec la grille du CERPAM, pour ajuster la pression avant que le sol ne se dégrade.
Jardins-forêts : là où l’eau devient nourriture
Le jardin-forêt occupe les replats et les bas de versant où l’eau s’accumule naturellement. Il imite la structure d’une lisière forestière, en superposant plusieurs strates comestibles ou utiles sur une même surface.
En version méditerranéenne, la canopée peut accueillir amandiers, noyers, oliviers ou caroubiers. Dessous viennent les fruitiers de taille moyenne : figuiers, grenadiers, jujubiers, pistachiers, azeroliers. La strate arbustive mêle câpriers, groseilliers à l’ombre, myrtes et arbousiers. Au sol, les aromatiques de garrigue comme le thym, le romarin ou la sarriette couvrent la terre, complétées par la vigne et quelques grimpantes.
L’eau y est gérée par des baissières, ces fossés creusés exactement à l’horizontale qui stoppent le ruissellement et le laissent s’infiltrer sous les lignes d’arbres. Une ou deux mares complètent le dispositif. Elles servent de réserve, de refuge pour les amphibiens et les auxiliaires, et de point d’eau pour la faune.
L’irrigation n’est envisagée que les premières années, le temps que les racines descendent. Le paillage permanent, le bois raméal fragmenté et l’ombre progressive des arbres doivent ensuite rendre le jardin largement autonome.
Céréales : semer avec la pluie, récolter avant la sécheresse
En bas de pente et sur les anciennes terrasses, Perma Ville cultive des céréales choisies pour leur sobriété. Le principe est de caler le cycle de la plante sur celui de la pluie : semer à l’automne, profiter de l’humidité hivernale, récolter au début de l’été avant les grandes chaleurs.
Les candidats sont nombreux. Les blés durs et les blés tendres anciens, à paille haute, produisent moins que les variétés modernes lors des printemps secs. En revanche, leur rendement varie moins avec le manque d’eau et leur grain est plus riche en protéines. L’engrain et l’amidonnier, céréales vêtues très anciennes, se contentent de sols pauvres. L’orge, le seigle et l’avoine complètent la palette, tandis que le sorgho peut être testé en culture d’été sur les parcelles les plus fraîches. Les légumineuses comme le pois chiche, la lentille ou la gesse s’intercalent en rotation pour fixer l’azote.
Le projet privilégie les populations paysannes plutôt que les lignées fixes. Ces mélanges génétiquement divers évoluent d’une année sur l’autre et s’adaptent progressivement au terroir. Ils sont conduits en partenariat avec des réseaux de sélection participative, qui mettent en commun semences et observations.
Les champs ne sont pas des surfaces nues. Ils sont bordés de haies brise-vent, parfois traversés de lignes d’arbres en agroforesterie, et semés autant que possible sous couvert ou en semis direct pour ne jamais laisser le sol à nu face aux orages d’automne.
Céréales anciennes pour le climat des Baronnies provençales
Les meilleures candidates sont le petit épeautre de Haute-Provence et les blés tendres paysans précoces testés en Provence, en tête la Saissette de Provence et le Barbu du Roussillon. Ce choix s’appuie sur l’IGP Petit Épeautre et sur quatre années d’essais menés à Mane (Alpes-de-Haute-Provence) par Agribio 04, Arvalis et le Parc du Luberon, en conditions proches des Baronnies.
Les Baronnies ont un climat méso-méditerranéen à influence montagnarde, qui se dégrade d’ouest en est, et la moitié du territoire se situe entre 700 et 1 200 m d’altitude (Flamain, 2012). Les essais de Mane ont été conduits sous 600 à 700 mm de pluie par an, sur sol calcaire (pH 8,7), avec des printemps secs et des coups de chaleur en fin de cycle : des conditions très comparables.
| Céréale | Espèce | Origine | Ce que disent les essais ou le cahier des charges | Référence |
|---|---|---|---|---|
| Petit épeautre (engrain) | Triticum monococcum | Haute-Provence | Cultivé entre 400 et 1 300 m sur sols secs et pauvres ; semences de populations ; cycle de 8 à 9 mois ; très couvrant | INAO, IGP ; Chambre d’agriculture Drôme, 2021 |
| Saissette de Provence | Blé tendre paysan | Provence | Précoce ; rendement 107 % de la moyenne des essais ; bon compromis rendement-protéines | Marguerie et al., 2020 |
| Barbu du Roussillon | Blé tendre paysan | Roussillon | Précoce ; rendement 103 % de la moyenne | Marguerie et al., 2020 |
| Blanco de Corella, Rojo de Sabendo, Blé de Langogne | Blés tendres paysans | Espagne, Lozère | Bon compromis rendement-protéines, proche des variétés modernes | Marguerie et al., 2020 |
| Touselle de Nîmes | Blé tendre paysan | Gard | Précocité intermédiaire ; rendement 89 % ; relancée dans le Gard depuis le début des années 2000 | Marguerie et al., 2020 ; Zaharia, GRAIN, 2007 |
| Blé meunier d’Apt | Blé tendre paysan (touzelle blanche sans barbe) | Luberon | Retrouvé à Buoux en 1985 ; peu productif (77 %) mais riche en protéines (111 %) | Marguerie et al., 2020 ; Bain, étude ethno-historique, 2007 |
| Rouge de Bordeaux | Blé tendre paysan | Sud-Ouest | Précocité intermédiaire ; rendement 87 %, protéines 109 % | Marguerie et al., 2020 |
| Senatore Cappelli, Khorasan, Poulard de Salagon | Blés durs et poulard | Italie, Asie centrale, Provence | Rendements de 84 à 87 % de la moyenne | Marguerie et al., 2020 |
| Bladette de Provence | Blé tendre paysan | Provence | Tardive, donc exposée aux printemps secs ; rendement 84 % | Marguerie et al., 2020 |
Les pourcentages expriment le rendement en part de la moyenne annuelle de tous les blés testés à Mane entre 2015 et 2018, modernes compris.
L’étude de Mane apporte une nuance importante. Les blés paysans y produisent en moyenne 8,6 q/ha de moins que les modernes et souffrent davantage des printemps secs, surtout les variétés tardives. En revanche, leur rendement varie moins avec le stress hydrique, ils contiennent environ un point de protéines de plus, et leur paille haute concurrence mieux les adventices. Les auteurs y voient un atout pour le semis direct sous couvert vivant en bio.
Pour Perma Ville, trois conséquences pratiques en découlent :
- Privilégier les variétés précoces (Saissette, Barbu du Roussillon) sur les sols superficiels, et réserver les tardives aux parcelles profondes.
- Réserver les pentes pauvres au petit épeautre, à condition que le site soit au-dessus de 400 m pour bénéficier de l’IGP.
- Semer des mélanges et des populations plutôt qu’une variété unique, puis les faire évoluer sur place.
Ce dernier point s’appuie sur le programme de sélection participative sur blé tendre mené depuis 2006 par l’INRAE et le Réseau Semences Paysannes. Ses variétés-populations combinent des performances correctes et une bonne robustesse en conditions contraignantes (Goldringer et al., 2020), avec un rendement plus stable dans l’espace que celui des variétés commerciales (van Frank et al., 2020). La méthode est décrite par Rivière et al., 2013.
Mesurer et transmettre : un démonstrateur ouvert
Ce qui distingue Perma Ville d’un beau projet de permaculture, c’est sa volonté de prouver. Un état initial est dressé avant les premiers travaux, puis suivi pendant au moins dix ans pour mesurer les effets dans la durée.
| Indicateur | Ce qu’il révèle | Instrument |
|---|---|---|
| Pluviométrie | L’eau qui entre dans le bassin | Pluviographes sur le site |
| Débit à l’exutoire | L’eau qui sort, en crue et en étiage | Seuil jaugé et sonde de niveau |
| Turbidité du torrent | La terre perdue par érosion | Turbidimètre, prélèvements |
| Humidité des sols | L’eau stockée et sa durée | Sondes à plusieurs profondeurs |
| Matière organique | La capacité du sol à retenir l’eau | Analyses de sol annuelles |
| Couverture végétale | La reprise après le feu | Relevés de terrain, drone, satellite |
| Biodiversité | Le retour de la vie | Inventaires flore, oiseaux, insectes, amphibiens |
| Rendements | La viabilité agricole | Pesées des récoltes et du fourrage |
L’idéal est de comparer le site avec un bassin versant voisin de taille similaire, brûlé lui aussi mais laissé sans intervention. Cette paire témoin permet de distinguer l’effet des aménagements de celui d’une simple année pluvieuse.
Les données sont publiées en accès libre et les partenariats recherchés avec des universités, des instituts de recherche et des gestionnaires forestiers. Le site s’ouvre aussi aux agriculteurs, élus, étudiants et habitants : chantiers participatifs de construction de seuils, journées de semis, formations en hydrologie régénérative. Un démonstrateur ne vaut que s’il est vu, et reproduit ailleurs.
Conclusion : d’une vieille ville à une ville permanente
Le nom dit l’ambition. Ville Vieille portait la mémoire d’un lieu cultivé depuis longtemps, puis marqué par le feu. Perma Ville veut en faire un lieu durable, au sens propre : un paysage capable de se maintenir, de nourrir et de se régénérer seul.
Quinze hectares, c’est peu à l’échelle d’une région. C’est pourtant assez pour démontrer qu’un bassin versant brûlé peut redevenir une éponge vivante, que forêt, élevage et cultures peuvent travailler ensemble pour l’eau plutôt que contre elle. Si l’expérience tient ses promesses, le torrent de Perma Ville coulera un peu plus longtemps chaque été. Ce sera la preuve la plus simple, et la plus parlante, que le pari est gagné.
Remerciement à Nelly pour nos échanges qui donnent du sens, de l’espoir et sa formidable énergie.
Sources
- Marguerie M., Jézéquel S., Charles N., Latraye N. & Quériot L., Caractérisation de l’adaptation agronomique des blés paysans et modernes sur le territoire Luberon-Lure, Courrier scientifique du PNR du Luberon n° 16, 2019-2020, p. 64-83.
- INAO, Petit épeautre de Haute Provence, IGP.
- Chambre d’agriculture de la Drôme, Fiche technico-économique Petit Épeautre de Haute Provence IGP, 2021.
- Goldringer I., van Frank G., Bouvier d’Yvoire C. et al., Agronomic Evaluation of Bread Wheat Varieties from Participatory Breeding: A Combination of Performance and Robustness, Sustainability, 2020.
- van Frank G., Rivière P., Goldringer I. et al., Genetic Diversity and Stability of Performance of Wheat Population Varieties Developed by Participatory Breeding, Sustainability, 2020.
- Rivière P. et al., Mise en place d’une méthodologie de sélection participative sur le blé tendre en France, Innovations Agronomiques 32, 2013.
- Dawson J., Rivière P., Goldringer I. et al., Collaborative Plant Breeding for Organic Agricultural Systems in Developed Countries, Sustainability, 2011.
- Bain É., Étude ethno-historique sur le Blé meunier d’Apt, Musée de Salagon et Agribio 04, 2007.
- Zaharia H., Touselle takes off, Seedling (GRAIN), avril 2007.
- Flamain F., Le territoire des Baronnies provençales : situation, relief et climat, Syndicat mixte des Baronnies provençales, 2012.
Sylvopastoralisme :
- Réussir, Les troupeaux ovins, premiers pompiers de la forêt méditerranéenne, propos de Sabine Debit (CERPAM).
- CERPAM, Formation pastoralisme collectif et DFCI, DRAAF PACA.
- INRAE, Gestion du combustible pour la prévention des incendies de forêt.
- Etienne M., Derzko M. & Rigolot E., Browse impact in silvopastoral systems participating in fire prevention in the French Mediterranean region, in Etienne M. (éd.), Western European silvopastoral systems, INRA Éditions, 1996, p. 93-102.
- Béral C., Girardin N., Liagre F. et al., PARASOL : agroforesterie en système d’élevage ovin, rapport final, Agroof, INRA, Idele, UniLaSalle.
- Béral C., Andueza D., Ginane C. et al., Présentation des résultats PARASOL, 2021.
- Galland S., Rendement et valeur nutritive de sept espèces d’arbres fourragers, FiBL.
- Réussir Chèvre, Maintien de la production et taux en hausse avec les mûriers, projet Apache.
- Resprouting response to natural and simulated grazing of two Mediterranean oaks with contrasting leaf habit after a wildfire, thèse de doctorat, Universitat Autònoma de Barcelona, 2002, chap. 3.
- Capó Rodríguez A., Baraza Ruiz E. & Bartolomé Filella J., Recuperación post-incendio del pinar y matorral mediterráneo mallorquín con presencia de cabras, in Pastos y Forrajes en el siglo XXI.
- Aguirrebengoa M. & Pérez-Luque A. J., Burning season and scrub type determine Mediterranean shrubland responses to pyric herbivory, Université de Grenade.