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Santé Commune: Evaluer l’impact d’un projet économique sur les trois santés

C’est précisément la question centrale de l’outil opérationnel du Manifeste. L’outil permet d’évaluer un projet à l’échelle locale — projet d’entreprise, d’association, de collectivité territoriale — vers la santé commune. Il s’agit (i) d’identifier et de valider ses impacts structurants pour les trois santés, sans exception, (ii) de garantir des retombées pérennes pour les trois piliers des milieux naturels (eau, sol, biomasse), sans exception, et (iii) de confirmer sa validité sur un long terme fluctuant grâce à un test de robustesse. Si seulement deux des trois santés sont impactées positivement ou si le test de robustesse ne donne pas de résultat satisfaisant, le projet est rejeté ou révisé. Editions-utopia

Ce cadre se distingue radicalement de la RSE ou des critères ESG, qui autorisent la compensation — un bon score environnemental peut y « racheter » un mauvais score social. Il ne s’agit pas de plaquer de nouvelles règles comme la responsabilité sociale et environnementale sur un modèle économique existant devenu obsolète. Il s’agit d’inverser les priorités : le modèle économique n’est plus une donnée d’entrée dogmatique, mais un produit de sortie enraciné dans nos liens au monde. Chedd


La grille d’évaluation en quatre temps

1. Caractériser le projet et son empreinte territoriale

Avant toute évaluation, il faut définir l’unité d’analyse : quel territoire est affecté ? Sur quelle durée ? Quelles ressources naturelles le projet mobilise-t-il ou transforme-t-il ? Un projet industriel, agricole, immobilier ou de service n’a pas la même empreinte sur les trois piliers, et les indicateurs doivent être choisis en conséquence.

2. Le triple filtre sine qua non — simultané, pas séquentiel

Le filtre est appliqué aux trois santés en même temps, non l’une après l’autre. Pour chaque dimension :

  • Milieux naturels : le projet préserve-t-il la qualité de l’eau, la santé des sols et la biomasse ? Maintient-il ou améliore-t-il la biodiversité locale et les corridors écologiques ? Ne réduit-il pas le taux de matière organique des sols ni la connectivité des trames verte et bleue ?
  • Santé sociale : le projet garantit-il un accès équitable aux ressources fondamentales pour toutes les personnes du territoire ? Ne crée-t-il pas de nouvelles formes de non-recours aux droits, d’insécurité alimentaire ou d’isolement social ?
  • Santé humaine : le projet améliore-t-il ou au moins préserve-t-il les conditions de bien-être physique, mental et social des habitants ? N’expose-t-il pas certains groupes à des polluants, des nuisances ou du stress supplémentaire ?

3. Le score croisé par le minimum

Une fois les trois santés notées indépendamment, le score de Santé Commune est le minimum des trois — pas leur moyenne. Les indicateurs sur les trois catégories de santé prennent tout leur sens lorsqu’ils sont rendus indissociables et s’inscrivent concrètement dans des pratiques politiques et économiques. Institutmichelserres Un projet qui valorise excellemment les milieux naturels mais dégrade le lien social reste insuffisant au regard de la Santé Commune.

4. Le test de robustesse dans le temps long

Le projet est ensuite soumis à des scénarios de crise — sécheresse, récession, rupture d’approvisionnement, pandémie. Les choix doivent permettre de développer la robustesse pour assurer la pérennité de l’activité — vouloir entreprendre sans détruire et produire sans laisser de trace toxique. Everand Un projet performant en conditions normales mais fragile face aux crises n’est pas compatible avec la Santé Commune.


Trois exemples de types de projets

Voici comment la grille se traduit concrètement selon la nature du projet.

Un projet agro-industriel (ex. : extension d’une plateforme logistique agricole) Le filtre milieux interroge l’imperméabilisation des sols, les rejets dans les nappes et la destruction de haies. Le filtre social interroge la qualité des emplois créés, l’accès des riverains à une alimentation saine et les nuisances olfactives ou sonores sur les quartiers populaires proches. Le filtre humain interroge l’exposition aux pesticides et les troubles de santé des travailleurs.

Un projet de rénovation urbaine (ex. : quartier dégradé) Le filtre milieux interroge la désimperméabilisation, la végétalisation et la gestion des eaux pluviales. Le filtre social interroge le risque de gentrification et d’éviction des ménages modestes, le maintien des équipements collectifs de proximité. Le filtre humain interroge la qualité de l’air intérieur après travaux, la réduction de la précarité énergétique et l’impact sur la santé mentale des résidents.

Un projet de tourisme rural (ex. : développement d’un site naturel) Le filtre milieux interroge la capacité de charge écologique du site et les impacts sur les zones humides. Le filtre social interroge le partage des retombées économiques avec les habitants permanents versus les opérateurs extérieurs. Le filtre humain interroge les effets sur le stress, la fierté territoriale et l’accès des locaux aux espaces naturels après aménagement.


Ce que l’outil ne fait pas

La valeur écologique du capital écosystémique ne peut pas être remplacée par la valeur économique. Institutmichelserres L’outil refuse donc toute monétarisation des services écosystémiques comme substitut à leur préservation réelle. Un projet ne peut pas « acheter » le droit de détruire des zones humides en finançant des compensations financières ailleurs — c’est précisément ce que le Manifeste critique dans les approches conventionnelles d’évaluation d’impact environnemental.